Le cycle de vie du vêtement

Qu’est-ce que le cycle de vie du vêtement ? 

Tout ce qui existe s’inscrit dans un cycle de vie. Ce cycle est le trajet qu’un produit traverse, en commençant par ses matières premières, sa production et son utilisation jusqu’à son élimination. L’image présentée plus bas donne un aperçu général de la manière dont on peut retracer le cycle de vie d’un vêtement. Si l’on réfléchit seulement aux procédés nécessaires dans la culture du coton, on retrouve :

  • la préparation des sols
  • la plantation des graines
  • l’irrigation
  • la protection des cultures
  • la récolte et l’égrainage

Tous ces procédés ne sont que la première étape !

Pour t’aider à comprendre le processus, cette vidéo développées par Redress présente les étapes générales du cycle de vie :

  • la culture de la fibre
  • la production du textile
  • la création, la confection du vêtement
  • le transport
  • la vente
  • l’utilisation et l’élimination

Les modèles linéaires et circulaires

Les termes Cradle-to-Grave ou Cradle-to-Cradle se retrouvent typiquement dans les discussions autour du cycle de vie. Aujourd’hui, la majorité des produits fabriqués sont inscrits dans un système linéaire (Cradle-to-Grave) qui amène à jeter et détruire des objets créés et utilisés pour satisfaire un besoin, entraînant donc la perte des ressources qui ont permis leur fabrication. À l’inverse, le modèle circulaire (Cradle-to-Cradle) est un système illimité, où les produits sont créés de sorte à pouvoir réutiliser les ressources pour créer de nouveaux produits. Ce modèle est actuellement en place chez une minorité d’entreprises mais de plus en plus d’entreprises innovantes l’adoptent compte tenu des enjeux liés à l’environnement et à l’épuisement des ressources.

Référence : The EcoChic Design Award – The Fashion Lifecycle 


Les impacts au cours du cycle de vie 

En tant que créateurs, être conscient du cycle de vie du vêtement lors de sa création ou de l’identification des textiles est essentiel pour rendre un vêtement durable, au-delà de sa fonction première. Une telle logique permet de mettre en perspectives les différents choix possibles en prenant en compte leurs aspects positifs et négatifs, et ainsi prendre une décision bien avisée.

Voici les impacts sur l’environnement que chaque étape peut entraîner

La culture et la production de la fibre

Impacts : la culture des fibres textiles est gourmande en terres, en eau, et présente de forts risques de contamination de l’eau par les produits chimiques utilisés dans l’agriculture. La culture du coton, par exemple, nécessite un apport important en eau douce ; la moyenne mondiale de consommation en eau par kilogramme de coton produit est de 10 000 à 20 000 litres selon le climat dans lequel il est cultivé. 

Les fibres synthétiques utilisent des ressources non-renouvelables comme des produits pétrochimiques ou du pétrole et consomment énormément d’énergie. 

La production du textile 

Impacts : la production textile utilise de l’eau et de l’énergie et peut être polluante, par exemple à cause de la teinture ou du blanchissement des tissus. Elle génère aussi des déchets textiles issus de l’échantillonnage du fil et des tissus. 

La création et la fabrication 

Impacts : la consommation d’énergie nécessaires pour la couture, le repassage et l’étuvage (traitement à la vapeur). Des déchets textiles sont également générés par les échantillons des tissus et des essais, les chutes issues de la découpe, les prototypes et les fins de rouleaux. 

Le transport

Impacts : le transport lié à toutes les étapes de la production contribue à l’émission de gaz à effet de serre, depuis la culture des fibres dans les champs, les usines de fabrication, les entrepôts jusqu’à la mise en rayon en magasin. 

La vente 

Impacts : la consommation d’énergie pour faire fonctionner les points de vente, en commençant par le matériel nécessaire pour le merchandising (ex : visuels pour chaque saison) ainsi que les cintres, les emballages et les sacs de transport. En plus de ces impacts dus à l’opérationnel, les vêtements invendus s’ajoutent aux autres déchets textiles. 

Le consommateur 

Impacts : l’entretien des vêtements entraîne d’importantes émissions de gaz à effets de serre. Le saviez-vous ? Entre 75% et 80% des impacts énergétiques liés au cycle de vie des vêtements proviennent du lavage et du séchage des vêtements.

L’élimination 

La fin du cycle de vie est responsable du plus grand impact (les déchets) lorsque les vêtements sont jetés en déchetteries ou en site d’enfouissement. Grâce aux modèles circulaires, cette dernière étape est supprimée : les matériaux sont réutilisés ou recyclés et réintègrent le système de production.


Évaluer les impacts sur l’environnement 

Comme nous venons de le voir, beaucoup de parties prenantes sont impliquées dans les chaînes d’approvisionnement de l’industrie de la mode. Conduire des évaluations régulières des chaînes d’approvisionnement est donc impératif afin d’identifier les dommages écologiques qui surviennent à chaque étape de la production. Ainsi, l’entreprise peut établir des seuils de référence pour mesurer les progrès. Une évaluation complète permet aussi de mieux gérer les risques et les enjeux de réputation. Identifier les progrès nécessaires facilite la planification du changement de système (de linéaire à circulaire) sans pour autant demander d’investir beaucoup de temps et d’argent. 

De plus, les informations obtenues grâce à une évaluation permettent de mieux intégrer les parties prenantes de l’entreprise. Ces informations sont essentielles pour démontrer la transparence de l’entreprise et renforcer sa crédibilité en matière de respect de l’environnement. 

Les outils d’évaluation les plus populaires comprennent le Higg Index et l’Analyse du Cycle de Vie (ACV). Le Higg Index est un outil d’auto-évaluation développé par la Sustainable Apparel Coalition pour responsabiliser les marques, les distributeurs et les sites de production de toutes tailles à chaque étape du cycle. Il offre la possibilité de mesurer les répercussions sociales, les impacts sur l’environnement et la main d’oeuvre et d’identifier les domaines d’amélioration. 

L’Analyse du Cycle de Vie est légèrement différente du Higg au sens où elle ne prend pas en compte les impacts sociaux, environnementaux et économiques. L’outil permet plutôt d’évaluer les aspects liés à l’environnement au cours de l’ensemble des étapes du cycle de vie d’un produit ou d’un service. 


Les enjeux liés aux déchets textiles

Quels sont les enjeux liés aux déchets textiles ? 

Les déchets textiles représentent une menace environnementale de plus en plus importante. L’accélération du débit de production de l’industrie de la mode et les comportements de consommation des vêtements, considérés comme des objets jetables, ont considérablement augmenté les quantités de déchets textiles à travers le monde. En Chine, la production totale de déchets textiles est estimée à plus de 26 millions de tonnes par an.

Au sein de l’Union Européenne, 9,4 millions de tonnes de textiles sont jetés chaque année.

En France 600 000 tonnes de textiles d’habillement, linge de maison et chaussures mis en marché chaque année. Seulement 32,5% sont collectés en vue d’être valorisés.

On distingue deux catégories de déchets textiles 

Les déchets de pré-consommation (ceux issus des étapes de production précédant l’utilisation par le consommateur, et qui comprennent notamment)
  • Les échantillons textiles : restes des échantillons textiles
  • Les chutes textiles : morceaux de tissus restants issus de la coupe et de la couture des vêtements
  • Les fins de rouleaux : surplus de textiles restants après la production des vêtements
  • Le volume des échantillons : surplus d’échantillons textiles qui n’ont pas été utilisés lors de la production des échantillons
  • Les textiles abîmés : produits textiles non-finis qui ont été détériorés, par exemple à cause d’un défaut d’impression ou de teinture
  • Les vêtements invendus : déchets textiles (finis ou non) inutilisés
  • Les prototypes de vêtements : échantillons finis ou semi-finis d’une collection qui n’ont pas été portés
Les déchets de post-consommation (ceux récupérés après que le consommateur les ait jetés)

Les vêtements de seconde main : vêtements et accessoires que les consommateurs jettent, quel que soit leur état ; 

Les textiles de seconde main : textiles qui ne sont issus ni des vêtements ni des accessoires (par exemple, des rideaux, des couvre lits…) et que les consommateurs jettent, quel que soit leur état.

Des millions de tonnes de déchets textiles pré-consommation sont perdus chaque année, avant même que les vêtements n’aient atteint le consommateur. En examinant le cycle de vie d’un vêtement à l’étape de la production, on remarque plusieurs processus entraînant des déchets. 

Avant la production, une pratique courante de l’industrie est de commander 10 à 20% de plus de tissus nécessaires pour la production afin de garantir une quantité suffisante et d’autoriser une marge d’erreur (comme un tissu abîmé ou une livraison en quantité différente). En effet, le calcul exact de la quantité de tissu nécessaire pour réaliser un seul vêtement est estimé une fois la commande totale faite.

Pendant la production, on estime à près de 15% la part de textiles vouée à être perdue pendant le découpage. À l’échelle mondiale, cela revient à une somme colossale de textiles gaspillés dans les chutes et les fins de rouleaux à cause d’une découpe irraisonnée. 

Après la production, les surplus des commandes de tissus sont soit vendus à des tiers, soit stockés, jetés ou bien détruits. 

En matière de déchets post-consommation, 80 milliards de nouveaux vêtements sont achetés chaque année, ce qui représente une augmentation de 400% en vingt ans. Lorsque la consommation de vêtements augmente, la quantité de déchets augmente aussi. Pourtant une grande majorité des vêtements jetés sont encore de bonne qualité et en bon état et représente donc une perte importante de ressources. 

Les déchets textiles, pré- ou post-consommation, sont presque 100% réutilisables ou recyclables, mais sont très peu récupérés. La réduction des déchets textiles est un enjeu environnemental de plus en plus grave à travers le monde, compte tenu de la pression sur nos systèmes de gestion des déchets et l’espace limité des sites d’enfouissement. 

Le développement récent de l’économie circulaire démontre que la génération de déchets est un gaspillage économique pour les entreprises. En réintégrant les déchets en tant que nouvelle matière première dans la chaîne d’approvisionnement, le modèle circulaire permet aux entreprises de réduire leurs déchets, de réutiliser des ressources et d’économiser en même temps les coûts inhérents à la production de matière vierge. 


Le rôle du designer de mode

Créer pour s’inscrire dans un système circulaire 

En cherchant à s’inscrire dans une logique circulaire (pour « fermer la boucle »), l’étape de création et du développement de produits sont cruciales puisque que les décisions liées à ces étapes déterminent environ 80% des impacts environnementaux d’un produit. En tant que créateurs, vous disposez d’un pouvoir incroyable à travers les choix que vous faites ! 

Pour avoir un impact positif, il faut repenser les méthodes de design et de création traditionnelles et innover. En réalité, beaucoup de solutions existent déjà mais sont peu ou mal exploitées. Une manière simple est de commencer par tester différentes techniques de création comme celle du zéro-déchet, de l’up-cycling ou de la reconstruction. 


À propos du cycle de vie des vêtements 

Les informations suivantes peuvent être utilisées par les enseignants comme par les étudiants pour approfondir les connaissances et enrichir la compréhension du cycle de vie. 

The EcoChic Design Award – Le cycle de vie de la mode | youtu.be/sm0XyyqOq7E 

Cette vidéo de 2 minutes par Redress présente les différentes phases du cycle de vie : la culture de la fibre, la production du textile, la création, la confection du vêtement, le transport, la vente, l’utilisation par le consommateur et l’élimination. : Eco TLC – L’Innovation | www.ecotlc.fr/page-133-l-innovation.html

L’économie circulaire – Fondation Ellen MacArthur : www.ellenmacarthurfoundation.org/circular-economy

Intégrer des stratégies de développement durable dans le processus de création : modèle conceptuel d’une créatrice haute couture, Alison Gwilt : researchbank.rmit.edu.au/eserv/rmit:160826/Gwilt.pdf

Planet Money Makes A T-Shirt – Le monde derrière un t-shirt, en cinq chapitres : apps.npr.org/tshirt/#/title 

Cradle to cradle: recréer la manière dont on crée, par Michael Braungart et William McDonough 

Qu’est-ce que l’Analyse du Cycle de Vie ? Produits GORE-TEX : www.youtube.com/watch?v=VOgDLNMJ4Pc

Plus de références sur www.ecochicdesignaward.com/learn-additional-resources

Source et crédits

www.ecochicdesignaward.com 

Manuel pédagogique d’initiation à la mode durable par REDRESS – ECOCHIC DESIGN AWARD 

https://www.canva.com/join/jeans-chacal-source

Crédits des images de l’entête

Unsplash


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Marco Roy

Professionnel de l’industrie de la mode, Marco Roy a occupé plusieurs postes en développement de produits et de collections pour des marques de vêtements nationales et internationales. Depuis 2013, il collabore avec plusieurs organismes au développement de la main-d’œuvre et de la formation par l’entremise de son poste de coordonnateur des affaires publiques de l’École de mode du Cégep Marie-Victorin.